1.3.3 - Les nouveaux pays industrialisés notamment d'Asie du sud-est ont décidé de jouer la carte de l'insertion dans le commerce international par une politique de remontée des filières largement organisée par l'Etat.
- Page mise à jour le : 13-01-2009
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C'est ce pragmatisme entre acceptation du libre-échange et intervention de l'Etat qui a sans doute donné des résultats plutôt satisfaisants en terme de croissance économique.
- Le principe : la stratégie de remontée de filières
C'est une stratégie qui vise le marché extérieur. Il s'agit d'une part de substituer aux exportations de produits primaires des exportations de produits manufacturés, d'autre part, une fois le processus engagé, de " remonter les filières ". La politique de remontée de filières consiste par exemple, pour le textile, à commencer par fabriquer des vêtements de sport en important le tissu, le fil, les accessoires, les machines, les services de stylistes, etc. ; ensuite on se met à fabriquer le tissu (c'est le tissage), puis on se met au filage, enfin on n'hésite plus à construire des machines textiles (et à les exporter, bien sûr !). On part donc d'un produit de grande consommation, utilisant beaucoup de main d'œuvre, et on remonte la filière jusqu'à fabriquer les machines-outils nécessaires à la production, quitte à laisser la fabrication des vêtements à des pays moins avancés, donc à délocaliser la production. La cible de cette stratégie est d'abord le marché extérieur mais, en fabriquant des produits manufacturés et en distribuant des revenus à l'occasion de cette production, on vise aussi à développer le marché intérieur.
- L'expérience des NPI : Etat, marché et valeurs.
Ce sont surtout les pays d'Asie, par exemple la Corée du Sud, qui ont mis en œuvre cette stratégie. Une des raisons essentielles de ce choix était souvent qu'il s'agissait de pays ne disposant pas de matières premières. Pour exporter, et donc s'insérer dans les échanges mondiaux, il fallait qu'ils se spécialisent dans des productions où ils avaient un avantage, cela ne pouvait être que des productions industrielles nécessitant de la main d'œuvre peu qualifiée et nombreuse, le textile ou l'électronique par exemple. Mais la mise en œuvre de cette stratégie s'est accompagnée de caractéristiques particulières qui expliquent la réussite des NPI car il ne faut pas croire que l'insertion dans le commerce international suppose (a)une croyance absolue dans l'efficacité des mécanismes de marché et qu'elle puisse se faire spontanément. Regardons donc tout d'abord le rôle de l'Etat :
- L'Etat a joué un rôle majeur dans le processus. Il l'a initié et dirigé, tout en sachant laisser une place grandissante à l'initiative privée. Il a, par exemple, dès le milieu des années 1970, choisi d'aider au développement des industries à forte intensité de travail pouvant concurrencer celles des pays occidentaux du fait du très bas coût relatif de la main d'œuvre (en 1975, le salaire moyen d'un ouvrier du textile sud-coréen ne représentait que 8% de celui d'un ouvrier français, par exemple). Il a aussi protégé le marché intérieur, de manière sélective mais draconienne, de façon à assurer son développement dans les branches qu'il semblait possible de développer tout en recourant massivement aux capitaux étrangers pour l'industrialisation. Enfin, il a mené parallèlement un vigoureux effort de constitution des infrastructures nécessaires au développement, qu'elles soient matérielles, comme le développement d'un réseau de communications, ou immatérielles, comme la formation de la main d'œuvre. Résultat : le pays a pu passer d'industries à forte intensité de travail à des industries de plus en plus sophistiquées, nécessitant de plus en plus de capital et de travail qualifié, en remontant les filières comme on l'a vu plus haut, et même en s'attaquant à la production de services haut de gamme : la Corée du Sud est aujourd'hui un concurrent très sérieux sur la scène internationale en ce qui concerne la fourniture d'usines clefs en mains, elle rivalise donc avec les plus grands groupes multinationaux. Elle dispose d'un tissu industriel diversifié satisfaisant largement par elle-même le marché intérieur. Elle pratique également la délocalisation en faisant produire dans les pays asiatiques voisins, moins développés, ce qu'elle ne veut plus produire chez elle. Mais ces résultats n'auraient pu être obtenus sans l'intervention de l'Etat.
- Les valeurs ont également joué un grand rôle dans le développement des pays asiatiques : il ne suffit pas que " l'Etat décide" pour que cela marche, les pays asiatiques en font la preuve. Il y a eu parallèlement à cette volonté étatique une forte mobilisation de la population autour des objectifs de l'Etat. En effet, la population relativement homogène et connaissant peu d'inégalités a toujours valorisé le collectif incarné par l'Etat et a accepté de payer un lourd tribut puisque l'industrialisation a été financée par le maintien d'un faible pouvoir d'achat pendant longtemps, les syndicats étant, par ailleurs, peu présents. Aujourd'hui, cependant, les salaires coréens ont quasiment rattrapé le niveau de ceux des britanniques. Et leur spécialisation ne repose plus sur un avantage lié essentiellement au coût du travail mais sur la qualité de leurs produits. La plupart des études portant sur la réussite des NPI insiste aussi sur le rôle actif de certaines minorités cherchant à s'intégrer par l'enrichissement et sur le rôle positif des valeurs enseignées par le confucianisme notamment le respect de la hiérarchie.
Le modèle de développement par insertion dans les échanges mondiaux en promouvant les exportations de biens manufacturés et en remontant les filières semble donc avoir prouvé son efficacité. La Corée appartient depuis 1996 à l'OCDE, organisation qui regroupe l'ensemble des pays développés. La crise financière asiatique de 1997 a durement secoué ces pays. Pourtant les NPI asiatiques n'ont pas sombré et il semble bien que ces pays soient définitivement sortis du sous-développement, ce qui ne signifie évidemment pas que tous les problèmes sont réglés : en particulier, la question de la démocratisation de la vie politique est aujourd'hui posée avec acuité, de même que celle des inégalités. Les pays en développement pourraient-ils, devraient-ils, imiter les NPI ? On peut évidemment se poser cette question. Il est difficile d'y répondre mais on peut penser que les choses ne sont pas si simples : si tous les pays pauvres avaient eu, en même temps que la Corée, la même stratégie qu'elle, cela n'aurait pas pu réussir car tous ces pays auraient fabriqué le même genre de produits.