Banque de Ressources Interactives en SES
Avant de nous demander comment le capital permet aux hommes de produire davantage de richesses, nous allons voir quelles sont les sources générales de la croissance et les questions que cela pose.
Quand on se demande quelle est la source de quelque chose, cela signifie que l'on recherche son origine. Pourquoi rechercher l'origine de la croissance économique ? Bien sûr, parce que tous les pays courent après et souhaitent obtenir la croissance économique la plus élevée possible. Identifier les sources de la croissance sera donc notre premier objectif dans ce paragraphe. Mais quand nous aurons vu comment la croissance peut advenir, nous devrons nous demander si on a bien raison de courir après cette croissance, autrement dit ce qui pourrait, ou devrait, limiter cette poursuite.
D'où vient la croissance économique, c'est-à-dire comment expliquer l'augmentation des quantités produites ? Il faut remonter bien sûr aux facteurs de production, capital et travail, et surtout à l'efficacité de leur combinaison repérée par la productivité. Ensuite, nous essaierons d'évaluer la proportion dans laquelle chacun des facteurs intervient.
Le travail est apporté par les hommes (et les femmes !) : il s'agit de l'activité qu'ils mettent au service de la production de biens et services. La quantité de travail effectivement utilisée est mesurée par la population active occupée. Si celle-ci augmente dans un pays, il est logique que la production augmente, toutes choses égales par ailleurs. Il y aura donc croissance économique.
Remarquons que, dans les sociétés modernes, seul le travail rémunéré est pris en compte : l'activité des bénévoles, même s'ils passent de nombreuses heures, par exemple à animer un club de loisirs ou de sport, n'est pas considérée comme du travail, tout comme le ménage fait par une mère de famille (alors que cela serait du travail si cette femme faisait le ménage dans une école, par exemple, ou dans une autre famille en étant payée et déclarée).
Si le travail est toujours nécessaire pour produire, il est toutefois possible d'accroître la production sans augmenter la quantité de travail utilisée, à condition d'améliorer l'efficacité du travail, ce que l'on appelle plus souvent la productivité du travail. Dans les paragraphes suivants, nous allons présenter les trois éléments qui apparaissent comme essentiels pour expliquer l'augmentation de la productivité du travail. On les sépare pour les présenter, mais il faut bien souligner qu'ils s'accompagnent mutuellement les uns les autres.
Répartir le travail entre les travailleurs et les spécialiser permet d'augmenter la productivité. Avant de montrer comment, on rappellera en quoi consiste cette division technique du travail.
Au total donc, la division technique du travail augmente la productivité et permet de produire de beaucoup plus grandes quantités dans le même temps. Pour être mise en œuvre, elle suppose des transformations dans l'organisation du travail. Nous verrons plus précisément dans le chapitre suivant comment ces transformations génèrent une hausse de la productivité du travail et donc la croissance des quantités produites.
Titre : Taux de croissance annuel moyen (TCAM) du PIB et décomposition de ce taux selon les facteurs de production à l'origine de la croissance.
| Etats-Unis | Japon | France | ||||
| 1960-1973 | 1973-1990 | 1960-1973 | 1973-1990 | 1960-1973 | 1973-1990 | |
| TCAM du P.I.B. (en %) | 3.8 | 2.5 | 9.5 | 4.0 | 5.9 | 2.4 |
| Facteur travail | 1.0 | 1.0 | 0.4 | 0.3 | 0.3 | - 0.4 |
| Facteur capital | 1.1 | 1.1 | 3.5 | 2.0 | 1.6 | 1.1 |
| Résidu | 1.7 | 0.4 | 5.6 | 1.7 | 4.0 | 1.7 |
Source : à partir de V. Coudert, « Croissance et démographie dans les pays industrialisés », Economie prospective internationale, n°52, 4ème trimestre 1992, La Documentation Française.
On voit évidemment sur la première ligne de ce tableau la croissance très rapide qu'ont connue les pays développés entre 1960 et 1973 et le ralentissement qui a suivi cette période (observez cependant que les taux de croissance annuels moyens du P.I.B. restent nettement positifs entre 1973 et 1990). Mais ce n'est pas vraiment la question qui nous intéresse ici. Comment cette croissance a-t-elle été obtenue, quelles ont été ses sources ?
En conclusion, on peut dire que l'amélioration de l'efficacité des facteurs de production est essentielle pour expliquer la croissance. Cependant, d'autres éléments jouent un rôle non négligeable, en particulier le comportement des différents agents économiques, en particulier les entreprises et l'Etat.
Disposer de facteurs de production dans une certaine quantité et/ou dans une certaine qualité, c'est une chose. Mais cela ne détermine pas à coup sûr un certain taux de croissance économique. De la même manière, on vient de voir que le progrès technique pouvait engendrer de la croissance, mais d'où vient-il ce progrès technique ? Il ne tombe pas du ciel. Il y a donc d'autres éléments à prendre en compte, des éléments qui relèvent du comportement, de l'attitude des agents. Qui sont ces acteurs de la vie économique et sociale dont nous parlons ici ? Il s'agit bien sûr des entrepreneurs (qui sont à l'origine des décisions concernant la mise en œuvre du progrès technique ou la combinaison des facteurs de production). Mais pas seulement : il y a aussi l'Etat et les administrations publiques qui construisent le cadre juridique et réglementaire qui encadre la vie économique et sociale, il y a aussi les grands idéaux qui sous-tendent les comportements des membres de la société, ce que l'on appelle en sociologie les valeurs. Nous étudierons successivement le rôle de ces trois éléments.
Le rôle de l'entrepreneur est essentiel du point de vue de la croissance économique car c'est l'entrepreneur qui choisit la combinaison productive, c'est lui aussi qui prend les décisions d'investissement ou celles concernant la recherche sur des produits nouveaux, par exemple.
L'esprit d'entreprise et la recherche du profit sont donc essentiels dans le mécanisme de croissance de nos sociétés. Il est nécessaire que les entreprises soient bien gérées pour que les facteurs de production soient utilisés efficacement. Il est aussi nécessaire que règne une certaine « confiance » dans l'avenir pour que des individus prennent le risque de lancer les nouvelles productions qui feront la croissance économique.
Au total, donc, l'Etat, par les investissements publics, joue un rôle très important dans la croissance en finançant la formation de la main d'œuvre et la recherche scientifique, en développant les infrastructures, en particulier de communication, en construisant le cadre juridique permettant au marché de fonctionner correctement, en assumant les tâches considérées comme essentielles par la société et qui ne pourrait pas l'être par le marché.
La croissance est également tributaire des grands idéaux qui sous-tendent le comportement des membres de la société. La culture a donc quelque chose à voir avec la croissance. En effet, comment expliquer que, à un moment donné de leur histoire, des peuples se soient mis à accumuler du capital, et pas d'autres, apparemment aussi bien dotés en facteurs de production que les premiers. Les normes et les valeurs en vigueur dans une société influencent l'ensemble des comportements, donc évidemment les comportements économiques.
Le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) a soutenu l'idée que les valeurs véhiculées par le protestantisme avaient involontairement favorisé le développement du capitalisme dans les pays anglo-saxons, à la fois parce que les préceptes de leur religion poussaient les protestants à épargner et à investir et accordaient une grande valeur au travail, à l'activité professionnelle, et parce qu'une grande confiance et une grande solidarité les unissaient, d'où la création de sortes de réseaux unissant des entreprises industrielles et des banques, ce qui étaient très favorable à la croissance. Prendre en compte les valeurs pour expliquer la croissance ne doit cependant pas conduire à en faire l'explication ultime : les valeurs se conjuguent avec l'ensemble des structures de la société. Ce qui compte sans doute le plus, c'est le climat qu'instaurent à la fois les valeurs et l'organisation politique dans une société : la croissance économique a besoin à la fois de stabilité (pour que l'on puisse prévoir les effets des décisions prises aujourd'hui) et de possibilité de transformations (puisque la croissance en génère).
Faut-il chercher à tout prix à accélérer la croissance économique, le pourra-t-on même ? Ce sont les deux questions que nous allons aborder ici : d'abord, quelle signification accorder à l'obtention d'un taux élevé de croissance économique, ensuite pourra-t-on durablement soutenir cette croissance économique rapide ?
Avant d'entamer la présentation de ces deux questions, il faut rappeler que l'indicateur mesurant la croissance économique est le taux de croissance annuel du P.I.B. . Le P.I.B. est un agrégat de la comptabilité nationale dont la construction, comme celle de tous les indicateurs, n'est pas sans poser des problèmes. De ce fait, la croissance économique ainsi mesurée n'est peut-être pas complètement fidèle à ce qui se passe dans la réalité et les comparaisons que l'on fait entre les pays peuvent aussi être biaisées.
Pour des raisons assez claires, la réponse à cette question est négative, comme nous allons le voir. Alors à quelles conditions la croissance pourrait-elle être soutenable dans l'avenir ? C'est ce que nous verrons ensuite.
Comment imposer les exigences du développement durable aux pays et aux entreprises (et même aux consommateurs, en particulier dans les pays développés) ? C'est une question éminemment politique. Des conférences internationales se réunissent périodiquement pour essayer de traiter ces questions. Mais leur succès est tout relatif. Le protocole de Kyoto (1997), par exemple, qui a été signé par bon nombre de pays et qui vise à limiter l'émission de gaz à effet de serre est encore à peine mis en vigueur. Pourtant, « pour stabiliser les perturbations apportées à l'atmosphère, il faudrait diviser par 2 ou 3 les émissions mondiales de gaz. Or celles-ci continuent d'augmenter ! » (D. Plihon, « Le développement durable : le défi du XXIè siècle », Ecoflash n°176, mars 2003). Les Etats-Unis, qui polluent beaucoup, ont refusé de l'appliquer en ce qui les concerne. Cela signifie que, pour le moment, il n'y a pas d'autorité mondiale capable d'imposer que soient prises en compte les nécessités du développement durable.
Quand on pose la question ainsi, il y a en fait quelque chose qui est sous-entendu : du sens à quel point de vue ? En réalité, la question qui se pose est de l'ordre du jugement : un pays, une société font-ils bien de chercher à obtenir la croissance la plus rapide possible ? Autrement dit, plus de croissance est-ce plus de bien-être, des progrès équitablement répartis entre les membres de la société, par exemple ? On se rapproche donc de la question du développement que l'on a déjà un peu abordée dans l'introduction.
On peut remarquer qu'un certain nombre d'éléments permettent de penser que plus de croissance, ce n'est pas forcément « mieux »
La croissance économique n'est donc pas forcément le développement et si l'on veut parler de développement, sans doute vaut-il mieux utiliser l'I.D.H. comme indicateur ainsi que le fait le Programme des Nations Unies pour le Développement (P.N.U.D.). [Vous trouverez la présentation de cet indicateur à la notion « IDH »]. Or, le classement des pays selon l'I.D.H. ne donne pas le même résultat que celui selon le P.I.B. par habitant :
Titre : Rang de certains pays pour l'I.D.H. et P.I.B. par habitant (en dollar en parité de pouvoir d'achat), en 2000.
| Norvège | Suède | U.S.A. | France | Chine | Afrique du Sud | |
| Rang pour l'I.D.H. | 1 | 2 | 6 | 12 | 96 | 107 |
| P.I.B. / hbt ($ PPA) | 29 918 | 24 277 | 34 142 | 24 223 | 3 976 | 9 401 |
Source : P.N.U.D. , Rapport sur le développement humain, De Boeck, 2002
Que voyons-nous ? Suède et Norvège sont pratiquement à égalité pour l'I.D.H. (au premier rang mondial) puisque l'I.D.H. de la Norvège atteint 0.942 et celui de la Suède 0.941. Pourtant il y a un écart de plus de 5000 dollars par habitant entre les deux pays pour le P.I.B. par habitant, ce qui est loin d'être négligeable. De même, les Etats-Unis, avec un P.I.B. par habitant élevé, le plus élevé du tableau, ne sont qu'au 6ème rang pour l'I.D.H.. A l'autre bout de l'échelle, on observe que la Chine avec un P.I.B. par habitant inférieur à la moitié de celui de l'Afrique du Sud est mieux placée qu'elle pour l'I.D.H. (cela s'explique en particulier par une espérance de vie à la naissance beaucoup plus élevée en Chine, 70.2 ans, qu'en Afrique du Sud, 52.1 ans). Le niveau des richesses matérielles produites et sa croissance ne sont donc pas le seul indicateur pertinent de l'amélioration des conditions de vie dans un pays.
Conclusion : un taux de croissance élevé (du PIB) n'est pas forcément synonyme de développement du bien-être collectif. Il faut cependant dire et répéter que la croissance des richesses produites est un formidable levier pour améliorer le sort de tous. Mais cela ne se fait pas sans des choix politiques qui disent clairement comment la croissance doit être utilisée ou au service de quels idéaux collectifs elle doit être mise. Il ne faut donc pas avoir le fétichisme du chiffre : 2% de croissance qui profite à tous, c'est peut-être mieux que 3% accaparés par quelques uns.
On a vu dans la section précédente à quel point le capital était une source essentielle de la croissance. Nous allons maintenant étudier plus précisément son rôle dans la croissance. Nous commencerons par étudier les effets de l'investissement, c'est-à-dire de l'augmentation du stock de capital, sur la croissance. Nous verrons ensuite que, parce que l'investissement vise souvent à mettre en œuvre le progrès technique, celui-ci joue donc, in fine, un rôle essentiel, en particulier dans la transformation des structures économiques et sociales.
En principe, vous savez depuis longtemps ce qu'est un investissement. C'est un mot de la langue courante, mais malheureusement, il n'a pas forcément le même sens en économie et dans le langage de tous les jours, ce qui provoque parfois des erreurs de raisonnement ou de compréhension. Heureusement, vous avez déjà étudié, en classe de première, l'investissement, en particulier dans le cadre de la comptabilité nationale. Vous pouvez donc utilement vous reporter à votre cours de première.
Traditionnellement, on dit que l'investissement est un facteur de croissance, c'est-à-dire qu'il est un des éléments à l'origine de la croissance économique. Mais l'affirmer ne suffit pas, encore faut-il comprendre pourquoi. Autrement dit, quels sont les mécanismes qui expliquent que les investissements favorisent la croissance ? La réponse ne sera pas la même à court et à moyen terme, et nous verrons aussi que les investissements publics peuvent jouer un rôle spécifique.
Investir, c'est acquérir du capital, c'est-à-dire des machines, des bâtiments, des brevets, etc. En conséquence, puisque investir c'est acheter, l'investissement représente une composante de la demande globale, à côté de la consommation. Si l'investissement augmente, la demande globale augmente : il faut produire davantage de machines, par exemple, pour répondre à la demande d'investissement des entreprises. Keynes a montré que l'accroissement de l'investissement entraînait un accroissement plus que proportionnel du Revenu National : c'est ce que l'on appelle le mécanisme du multiplicateur. (Ce mécanisme ne figurant pas au programme de terminale ne sera pas présenté ici mais vous pouvez aller l'étudier dans les activités que nous vous proposons sur le multiplicateur).
Pour que ce processus puisse se mettre en place, il faut que les capacités de production ne soient pas, à l'origine, toutes utilisées : sinon, il n'y aurait pas de possibilité de répondre à l'augmentation de la demande en biens d'équipement, sauf à réduire la consommation ou les exportations ou à augmenter les importations.
Donc, à court terme, l'investissement, parce qu'il est une composante de la demande globale, peut générer de la croissance, sous certaines conditions. On peut remarquer que, bien qu'il représente une part bien plus faible dans la demande que la consommation, l'investissement joue un grand rôle dans les variations de la demande à court terme : en effet, la consommation est relativement stable dans le temps, elle a une grande force d'inertie, alors que l'investissement est beaucoup plus instable, il augmente ou diminue en fonction des anticipations des agents. Dans les fluctuations conjoncturelles (à court terme, donc) de l'activité, les variations de l'investissement jouent finalement un grand rôle.
Investir, c'est acquérir des moyens de production. Donc, une fois qu'elle a investi, l'entreprise a augmenté ses capacités de production. Elle peut donc produire plus de biens et services. A moyen terme, l'investissement agit donc directement sur l'offre. Par ailleurs, l'investissement va permettre de mettre en œuvre le progrès technique, notamment en permettant de mettre en place de nouveaux procédés de production (en achetant une machine plus performante ou un ordinateur « dernier cri »). Il permet ainsi l'accroissement de la productivité permettant la croissance. Il a donc un rôle essentiel dans la croissance, qui est à relier à celui du progrès technique et que nous allons très bientôt étudier.
A priori, que l'investissement soit public ou privé ne change rien à ses effets sur l'offre ou la demande. Cependant, l'investissement public présente certaines spécificités en relation avec les domaines qu'il concerne.
Il concerne d'abord les infrastructures (de transports, de télécommunications, etc…) qui sont utiles à tous. Il concerne aussi la construction de bâtiments nécessaires à la production de services comme l'enseignement ou la santé (construction d'un hôpital, par exemple). Ces investissements présentent l'avantage d'avoir des effets externes positifs importants. Ils ne pourraient être assurés par le secteur privé du fait de leur faible rentabilité à court terme à cause de leur coût. L'Etat les prend donc en charge, contribuant ainsi à la formation de ce que certains appellent le « capital humain ».
La décision de faire tel ou tel investissement public relève donc rarement de la rentabilité immédiate. En général, l'Etat raisonne plutôt en termes d'intérêt général. Mais la décision entre aussi dans le cadre de la politique conjoncturelle de l'Etat : connaissant les effets économiques des investissements sur la croissance, l'Etat peut décider d'utiliser les investissements publics comme instrument pour relancer une croissance jugée trop molle. Cela entre dans le cadre d'une politique contra-cyclique d'inspiration keynésienne.
L'investissement joue donc un rôle très important dans la croissance économique. Il montre les choix faits par les entreprises pour l'avenir, son volume détermine également pour une partie non négligeable le rythme de la croissance économique. Nous pouvons donc nous attaquer à une question essentielle : qu'est-ce qui amène un agent économique (et ici, nous parlerons essentiellement des entreprises) à décider d'investir ?
On va maintenant pouvoir se demander ce qui engendre la décision d'investissement. On parlera ici essentiellement des investissements productifs, c'est-à-dire ceux des entreprises.
Quels sont les éléments qui incitent le chef d'entreprise à décider d'investir ? Investir, c'est prendre une décision économique. Comme toutes les décisions, celle-ci se prend après réflexion et en fonction de certains arguments. Ce sont ces arguments que l'on appelle les déterminants de l'investissement. Avant de les présenter les uns après les autres, nous montrerons qu'il y a une exigence en toile de fond de toutes les décisions d'investissement, c'est l'exigence de rentabilité.
Nous allons d'abord présenter le ratio habituellement utilisé pour mesurer la rentabilité, puis nous essayerons de voir quels sont les éléments qui l'influencent.
Taux de rentabilité économique = (E.B.E. / K) x 100
Si on veut parler de la rentabilité économique de l'investissement (et non celle du capital engagé), il faut calculer la rentabilité marginale : celle-ci compare l'accroissement des profits à l'accroissement du stock de capital (c'est-à-dire à l'investissement) qui a été nécessaire pour engendrer cet accroissement des profits.
EBE = Valeur Ajoutée - Salaires et Charges sociales
La rentabilité dépend donc d'abord de la Valeur Ajoutée (plus celle-ci est forte, plus l'EBE est potentiellement grand). Un faible coût des consommations intermédiaires (notamment les matières premières et l'énergie) est donc une première condition de rentabilité des investissements.
On voit enfin que le partage de la valeur ajoutée (entre profits et salaires) risque d'influer sur l'investissement : si la part des profits dans la valeur ajoutée s'accroît, on peut penser que cela sera favorable aux investissements qui pourront être financés plus facilement comme nous allons le voir. Cependant, il ne faut pas oublier que les salaires vont permettre la consommation. Si la part de la valeur ajoutée consacrée aux salaires diminue, on peut penser qu'il y aura des effets négatifs sur la demande. Or la demande est aussi un déterminant de l'investissement. On le voit, un partage de la valeur ajoutée préservant à la fois la demande et les profits est difficile à trouver.
Vous voyez donc que la rentabilité économique des investissements dépend principalement du coût des facteurs de production (capital, consommation intermédiaires et travail). Si l'entreprise réussit à diminuer ses coûts, elle a des chances d'augmenter ses profits et sa rentabilité. Mais elle ne doit pas oublier que les salaires qu'elle distribue sont aussi des revenus qui permettent d'acheter ce qu'elle produit, autrement dit que la demande joue un rôle dans la rentabilité.
Sur le plan théorique, il a été mis en évidence par Keynes. Mais dans la réalité des entreprises, on a toujours su, dans le système capitaliste, qu'il ne fallait produire que si l'on pensait pouvoir vendre sur les marchés. La demande anticipée par l'entreprise, c'est-à-dire celle qui est prévue pour les années à venir, celle que Keynes appelle la « demande effective », joue donc un rôle essentiel dans la décision d'investir.
Si les prévisions laissent entrevoir une hausse durable de la demande du produit fabriqué dans l'entreprise, l'entreprise vaprobablement chercher à répondre à cette demande supplémentaire. Pour cela, elle devra accroître sa capacité de production en acquérant des moyens de production supplémentaires, c'est-à-dire qu'elle devra investir. On peut faire le même raisonnement si les prévisions envisagent une transformation de la demande : par exemple, si l'on pense que la demande va se porter de plus en plus sur des appareils combinés télévision/magnétoscope, il va falloir modifier les outils de production et donc investir pour pouvoir satisfaire cette nouvelle demande, alors que la demande de téléviseurs « classiques » va peut-être stagner.
En règle générale, les chefs d'entreprise considèrent donc l'évolutionde la demande, dans son volume comme dans sa nature, comme un déterminant essentiel de leur décision d'investissement. On peut remarquer que si l'évolution de la demande peut être dans une certaine mesure anticipée, il n'en reste pas moins toujours de l'incertitude. Les chefs d'entreprise sont alors amenés à prendre en compte dans leur décision d'investissement des éléments relativement subjectifs : le climat des affaires est-il bon ?, les ménages sont-ils optimistes ? (il y a des enquêtes sur le moral des ménages), etc.
Les effets d'une augmentation de la demande sur les investissements ont été mesurés par les économistes : c'est le mécanisme del'accélérateur, qui montre que l'augmentation de la demande entraîne une hausse plus que proportionnelle des investissements. [Cemécanisme n'est pas inscrit au programme de terminale. Si voussouhaitez cependant l'étudier, allez voir, et faire, les activités quenous vous proposons sur l'accélérateur].
Les profits, qui sont au numérateur du taux de rentabilité, sont les revenus restant à l'entreprise quand elle a payé tous ses coûts. Si l'entreprise réussit à diminuer ses coûts, elle a des chances d'augmenter ses profits et sa rentabilité. En particulier, si le coût du travail augmente plus rapidement que le coût du capital (il y a donc un abaissement du prix relatif du capital), l'entreprise a intérêt à réaliser des investissements de productivité qui aboutiront à économiser du travail. De même, si les prévisions laissent entrevoir une demande stable et une concurrence accrue entre les producteurs, il peut être nécessaire que l'entreprise, pour conserver sa part de marché, abaisse ses coûts de production et, pour cela, réalise des investissements de productivité. Enfin, la localisation des investissements est également tributaire des coûts de production : c'est vrai à l'échelon international, nous le verrons dans le chapitre 6, mais c'est vrai aussi à l'échelon national si les facteurs de production et les consommations intermédiaires n'ont pas le même coût partout.
S'il y a une demande qui justifie l'investissement et si celui-ci semble suffisamment rentable compte tenu du coût des facteurs de production, l'entreprise doit encore prendre en considération le coût de financement de l'investissement, c'est-à-dire le taux d'intérêt, avant de décider d'investir. Comme nous allons le voir, il y a deux mécanismes par lesquels le taux d'intérêt influence la décision d'investissement.
Profitabilité = taux de profit anticipé - taux d'intérêt réel
Quand la profitabilité est négative, l'entreprise doit « normalement », c'est-à-dire dans une logique de maximisation du profit immédiat, renoncer à investir. Cependant, dans la réalité, l'entreprise prendra aussi en compte le long terme et l'état de la concurrence : si les concurrents investissent, l'entreprise risque de se trouver à la traîne et de perdre des marchés, ce qui menace encore plus les profits futurs ; dans ce cas, elle préfèrera investir plutôt que de placer, même si ce n'est pas plus avantageux à court terme.
Ainsi, en période de taux d'intérêt réel élevé, les entreprises peuvent renoncer à des investissements éventuels pour deux raisons complémentaires : d'une part, emprunter pour investir coûte cher et diminue donc les profits potentiels, d'autre part placer ses capitaux, c'est-à-dire les prêter à d'autres agents économiques, rapportent beaucoup.
Quand une entreprise investit aujourd'hui, elle le fait, en quelque sorte, pour produire demain des biens ou des services qu'elle vendra après-demain. On le voit, la décision d'investir est une décision qui engage l'avenir : en effet, l'entreprise va décider d'augmenter son stock de capital (et c'est en général une grosse dépense) alors qu'elle ne sait pas avec certitude de quoi demain sera fait. L'entreprise fait donc toujours un pari sur l'avenir : elle parie qu'elle arrivera à rentabiliser son investissement, c'est-à-dire à augmenter ses profits (attention ! augmenter ses profits, ce n'est pas forcément augmenter sa production …). Voyons plus précisément quels sont les facteurs d'incertitude.
Conclusion : au niveau de l'entreprise, il y a donc des enjeux à l'investissement. De celui-ci va dépendre la capacité de l'entreprise à réaliser des profits et à faire face à la concurrence pour gagner, ou au moins ne pas perdre, des parts de marché. L'avenir de l'entreprise dépend donc du « bon » choix de ses investissements, que ce soit sur le plan de leur volume (leur montant), que ce soit sur le plan de leur nature (investissement de productivité ou de capacité, investissement immatériel ou matériel, etc.). Devant l'incertitude qui , on l'a vu, touche bien des éléments à prendre en compte, le chef d'entreprise peut ne plus très bien savoir à quoi se fier et prendre une décision très liée à ses convictions personnelles.
L'investissement joue, on l'a montré, un rôle très important dans la croissance économique à court et moyen termes. Nous allons maintenant nous interroger sur ce que permet l'investissement, parfois à plus long terme, c'est-à-dire la mise en œuvre du progrès technique.
Le progrès technique est en amont de l'investissement et influe fortement sur les transformations à long terme de la société, comme nous allons le voir. Il est aussi en aval car le progrès technique résulte de certaines dépenses d'investissement, en particulier celles concernant la recherche. Du fait de ses implications, tant à long terme qu'à court terme, on doit se demander qui maîtrise le progrès technique : celui-ci peut servir à tous, en ce sens il peut être pensé comme un bien collectif ; en même temps, il donne beaucoup de pouvoir à celui qui le maîtrise et peut donc être l'objet de marchandages et de conflits. On peut donc s'attendre aussi à ce que l'Etat s'en mêle, vu les enjeux.
Après avoir précisé la définition du progrès technique, nous présenterons ses deux principales modalités, et enfin nous étudierons les liens entre progrès technique et croissance
Le progrès technique est un mot du vocabulaire courant, mais sa définition précise est un peu floue. Derrière ce concept, les économistes distinguent plusieurs mécanismes bien précis qui jouent chacun un rôle différent dans la croissance et le changement social.
Les différents types d'innovation.
Les innovations ont pour vocation d'améliorer les produits et les façons de produire et/ou de vendre (la commercialisation, c'est la production d'un service, donc innover dans la vente, c'est aussi améliorer les façons de produire). Elles concernent aussi l'amélioration ou la création des produits. Elles peuvent donc être très diverses. Nous nous contenterons de présenter ici trois sortes d'innovation :
D'où vient le progrès technique ? Il faut tout de suite dire que le progrès technique ne tombe pas du ciel, encore moins les innovations. Le hasard met parfois les chercheurs sur le chemin de la découverte. Mais encore faut-il qu'il y ait des gens qui cherchent. Autrement dit, progrès technique et innovations sont le fruit d'une intense activité du genre humain. Il n'en reste pas moins que quand on cherche, on n'est jamais complètement sûr de trouver et il est rare que l'on sache quand on trouvera. Il y a donc de l'incertitude dans cette activité, qui coûte pourtant cher. On peut donc penser que, puisque les entreprises font des efforts, parfois très importants, de recherche, elles ont de bonnes raisons pour les faire. On peut distinguer plusieurs origines aux innovations :
Conclusion : nous sentons bien maintenant l'importance du progrès technique et de ses applications dans les sociétés modernes. Il reste à comprendre les liens qui unissent le progrès technique à la croissance économique et aux transformations de nos sociétés.
Il s'agit ici de se demander comment le progrès technique engendre de la croissance, autrement dit de s'interroger sur les mécanismes. Le premier de ces mécanismes passe à court et moyen terme par les gains de productivité issus du progrès technique et ce que l'on en fait. Nous allons d'abord définir les gains de productivité puis distinguer les quatre différents usages que l'on peut en faire, en explicitant à chaque fois leur effet sur la croissance. Enfin, nous expliquerons pourquoi les gains de productivité peuvent provoquer des conflits.
Conclusion : les innovations mises en œuvre grâce aux investissements génèrent une hausse de la productivité et cette hausse de la productivité, à son tour, aboutit, par des canaux variés, à une accélération de la croissance. On voit donc l'importance du progrès technique pour la croissance. Mais, à plus long terme, le progrès technique a d'autres effets sur la croissance, que nous verrons dans le paragraphe suivant.
Schumpeter a montré les bouleversements qu'entraînait à long terme le progrès technique dans les structures de la production. Le mécanisme de la « destruction créatrice » est assez simple à comprendre : dans les entreprises, ou les branches, où les gains de productivité sont rapides parce que il y a de nombreuses innovations, les profits sont élevés. Ces profits élevés attirent de nouveaux producteurs, la concurrence augmente et les prix baissent. Les producteurs les moins productifs ne pourront pas supporter cette baisse des prix et feront faillite. Cela pose bien sûr des problèmes sociaux, mais sur le long terme, il est nécessaire que les entreprises les moins rentables et/ou fabriquant des produits dépassés disparaissent : en effet, dans ces entreprises, les facteurs de production (capital et travail) sont utilisés moins productivement qu'ils pourraient l'être ailleurs. Il y a donc du gaspillage.
Prenons un exemple. Une innovation majeure ( !) apparaît : le presse-purée électrique. L'entreprise qui lance l'innovation, seule sur le marché, connaît le succès, elle vend ses presse-purée électriques très cher et réalise des super profits. Les producteurs de presse-purée manuels sont directement concurrencés parce que les deux produits ont la même fonction. Ils vont avoir du mal à se reconvertir car c'est une transformation complète de leur activité, c'est un autre métier (car il y a un moteur électrique). Il est probable que la demande de presse-purée manuels va chuter et les entreprises le fabriquant vont faire faillite, disparaissant finalement de la vie économique. Le progrès technique transforme donc les structures de la production et il y a sans cesse un mouvement de secteurs en déclin et de secteurs en essor. On voit bien où est la destruction dont parlait Schumpeter et où est la création. Les deux sont indissociables et les transformations structurelles qui en résultent ne sont pas qu'économiques, elles sont aussi sociales. Nous le verrons plus loin, plus précisément grâce à un exemple.
Nous avons vu quels sont les effets du progrès technique sur la croissance économique. Mais le progrès technique contribue aussi au changement des structures économiques et sociales. Nous allons maintenant montrer, grâce à un exemple, les interactions entre la croissance et les transformations des structures économiques, sociales et politiques.
L'urbanisation peut se définir comme le mouvement qui fait que la population habite de plus en plus (proportionnellement) dans les villes : autrement dit, c'est l'habitat qui fait la ville. Mais qu'est-ce qu'une ville ? La réponse est beaucoup moins simple qu'il n'y paraît : on peut penser qu'une ville rassemble des habitats collés les uns aux autres. Oui, mais combien ? un village, est-ce une ville ? La réponse à ces questions a varié au cours du temps. La population urbaine est, approximativement, celle qui vit dans des agglomérations rassemblant plus de 2 000 personnes agglomérées. La population rurale est celle qui n'est pas urbaine. Il faut donc distinguer la population rurale de la population agricole : la première est déterminée par son habitat, la seconde par son activité économique. Autrement dit, dans la population rurale, il y a de nombreux ménages non agricoles. Le fait que les populations vivent de plus en plus dans les villes est un fait avéré, et pas seulement dans les pays anciennement développés : aujourd'hui, les plus grandes villes au monde sont situées dans des pays parfois très pauvres (Le Caire, Mexico, etc.).L'urbanisation est un bon exemple de transformations économiques, sociales et politiques entremêlées et c'est ce que nous allons montrer.
La croissance économique débute avec la révolution industrielle, au 19ème siècle pour les pays anciennement développés. Elle repose sur le développement de branches de production industrielles (sidérurgie, textile, etc…). Ces industries concentrent la main d'œuvre sur des lieux précis, des villes préexistantes mais aussi des lieux complètement nouveaux (par exemple, à proximité immédiate de gisements miniers) où naissent de nouvelles villes. Comme la journée de travail est spécialement longue au 19ème siècle, il ne peut pas être question d'habiter très loin de son lieu de travail. L'habitat groupé, urbain, se développe donc très rapidement dans les zones qui s'industrialisent. Cette urbanisation, générée par la croissance, va elle-même entraîner de nombreuses transformations économiques, sociales et politiques, et favoriser à son tour la croissance économique.
On peut trouver de nombreux exemples de ces transformations et le mieux serait que vous en cherchiez vous-même. A titre d'exemple, je vous en propose deux :
L'urbanisation rend possible l'individualisation croissante des comportements : l'individu est loin du regard de sa famille et de la communauté villageoise qui pesait sur lui à la campagne dans les sociétés traditionnelles. Il va pouvoir s'affranchir de ce contrôle social pesant (ce qui ne signifie pas que le contrôle social disparaît totalement). En contrepartie, la solidarité de voisinage, très forte dans les sociétés traditionnelles, s'affaiblit aussi : l'isolement est bien plus grand dans les villes qu'il ne l'était dans les campagnes. Cela se traduit au 19ème siècle par une misère individuelle très grande dans les villes. A partir du milieu du 20ème siècle, c'est l'Etat-providence qui va peu à peu assumer la prise en charge des risques individuels et protéger les individus contre les grands risques de l'existence (maladie, vieillesse, etc…). On a une solidarité qui, d'une certaine façon, se désincarne, c'est-à-dire qui est de moins en moins portée par des personnes physiques. On verra plus loin que ce n'est pas sans poser des problèmes.
Le développement des villes a imposé la création de nouvelles entités politiques. On peut en citer au moins deux :
Conclusion
L'urbanisation montre donc que la croissance économique et les transformations structurelles qui lui sont liées sont interdépendantes. Les liens ne sont pas à sens unique : certes la croissance engendre l'urbanisation mais l'urbanisation engendre aussi de la croissance. Ils sont aussi à la fois économiques, sociaux et politiques.